Tripatouilleurs de constitutions en Afrique : Au suivant !

PAYS : Autres Pays
DATE DE PUBLICATION : mardi 19 mai 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Politique

Les tripatouillages de constitution sont connus en Afrique. C’est même une marque déposée. Ces attitudes made in Africa font couler beaucoup d’encres et de salives et attristent profondément les démocrates qui ne manquent jamais de donner de la voix. C’est d’ailleurs eux qui souffrent en battant le macadam, en inhalant les gaz lacrymogènes. Parfois ils n’ont que leur poitrine pour amortir les balles assassines de ces tripatouilleurs invétérés. C’est avec la main sur le cœur, devant la nation toute entière et en prenant l’opinion internationale en témoin qu’on voit jurer les dirigeants africains à leur investiture avec comme mot d’ordre, le respect de la constitution et la protection du peuple, mais hélas. Aussitôt installés aussitôt ils mettent leurs appareils répressifs en place comme s’il s’agissait d’animaux sauvages à apprivoiser.

Déverrouiller le nombre de mandats en Afrique, pourtant cadenassé devient un simple geste comme celui consistant à ouvrir la porte d’une maison. Torpiller les textes sous nos tropiques est sans doute le sport favori des gouvernants africains. Où est passée donc la sacralité de la constitution ? Et la parole donnée, elle aussi a-t-elle perdu son sens d’antan ?

Quand les présidents refusent d’apprendre la leçon…

Malgré les conséquences visibles que la course au « lenga » (bonus) présidentiel peut engendrer, les chefs d’États Africains, comme aveuglés par les délices du pouvoir s’entêtent et foncent droit au mur. « Tandja va droit au mur » , avait laissé entendre à l’époque le patron de Kosyam, Blaise Compaoré. Et cela s’est confirmé. Le paradoxe c’est que le donneur de leçon n’avait pas bien appris lui même sa petite leçon sur l’article 37. De stratagème en stratagème il a voulu à tous prix modifier la constitution qui devrait lui ouvrir à nouveau la porte de Kosyam. Mais dans son cas, lui aussi, heureusement pour le peuple Burkinabè, a été emporté à son tour par la bourrasque populaire qui s’est déclenchée les 30 et 31 octobre 2014. Bien avant Blaise compaoré, le printemps arabe a emporté les dictateurs les plus redoutables du Maghreb installés à la tête de leurs États depuis des décennies : Moubarak, Ben Ali …

Le nouvel ordre est une équation irréversible

Aujourd’hui ce violent vent de changement frappe à la porte du Burundi et par ricochet à toute l’Afrique centrale. Le peuple Burundais, assoiffé d’alternance a préféré, comme le peuple Burkinabè mourir en martyr plutôt que de voir sa constitution torpillée. « Mourir pour sauver la constitution » , tel est le credo imposé par le nouvel ordre qui se caractérise par la prise du destin en main par la population elle même. Les Organisations de la société civile (OSC) ont récupéré la lutte, autrefois la chasse gardée de l’opposition. La machine revendicative installée par les OSC est bien partie et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

Avec l’imbroglio qui règne au bord du lac Tanganyika, il est difficile de dire que Nkurunziza partira ou ne partira pas, mais ce vent de changement a fini par emporter les autres. Comparaison n’est pas raison et mieux, la politique n’est pas une science exacte, mais il est évident que les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mêmes circonstances. Pour preuve, lorsqu’on rappelait a Blaise le sort qui était réservé à Tandja dans sa velléité de modifier la constitution, le président du Faso à l’époque avait rétorqué en ces termes : « le Burkina n’est pas le Niger ». Burkina n’est certes pas le Niger mais le moins que l’on puisse dire, c’est que Tandja et Blaise sont sortis par la même porte : destin fatal commun.

Le prix de la prolongation des mandats

En trois semaines de contestation, on compte une vingtaine de morts au Burundi. Le Burkina en avait pareil en deux jours de contestation. Le printemps arabe a atteint le seuil de centaines de morts. A ce triste et cynisme tableau s’ajoutent des blessés, des refugiés, des déplacés massifs, des sans abris, etc. Même si on y ajoute la liste des orphelins, des veuves et des veufs, la liste est loin d’être exhaustive. Voilà où nous mènent immanquablement ces mandats, ces « lenga » (bonus) présidentiels à durée indéterminée. Quel sort le lendemain réserve aux États Africains, car nombreux d’entre eux ont une situation volatile. En d’autres termes après Blaise, quid de Sassou, de Kabila, de Kagamé succédera-t-il à Nkurunziza ? On espère que par le virus de la sagesse, Paul Biya, depuis plus de trente ans au pouvoir, partira sans effusion de sang du peuple Camerounais. Que les aventuriers à la prolongation de mandats sachent que ce qui se passe ailleurs n’arrivent pas qu’aux autres.

Masbé NDENGAR

« Toute personne a droit à l’éducation. L’éducation doit être gratuite, au moins en ce qui concerne l’enseignement élémentaire et fondamental. L’enseignement élémentaire est obligatoire. L’enseignement technique et professionnel doit être généralisé ; l’accès aux études supérieures doit être ouvert en pleine égalité à tous en fonction de leur mérite. L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants ».

Article 26 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH)

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