Scandale « millions des députés » : le Balai Citoyen dénonce une pratique indécente et inique

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : jeudi 29 décembre 2016
CATEGORIE : Articles
THEME : Opinions

Ceci est une déclaration du mouvement le Balai Citoyen parvenue à notre rédaction.

C’est avec grande consternation que l’opinion publique a appris ce 27 décembre 2016, le nouveau scandale dans la gestion publique qui porte le sceau de notre Assemblée nationale. Les députés de la septième législature au terme de la deuxième session parlementaire de l’année 2016 se sont auto-gratifiés de la somme de un million de francs CFA par personne. Ce sont au bas mot, 127 millions qui ont été partagés entre les 127 députés de l’Assemblée nationale en ce mois de décembre marqué par les fêtes de fin d’année. Ce geste, comme il a été compris par l’opinion et avec juste raison, n’est ni plus ni moins qu’une faveur de plus, indécente et inique.

Nous n’avons pas eu le temps de reprendre nos esprits après le scandale des tablettes Huawei, que les députés viennent de nous en remettre une couche. En l’espace de deux mois, notre représentation nationale finit de nous convaincre que le changement qu’elle veut pour la société burkinabè, c’est le changement qui épargne les intérêts des « honorables » qu’ils sont. Autrement dit, le « plus rien ne sera comme avant » n’est valable que pour les autres ou dans les domaines autres que les avantages matériels. C’est donc avec un grand regret que le peuple constate que la classe politique post insurrection s’appuie sur les textes soit disant « légaux », mais tout simplement impopulaires du régime déchu de Blaise Compaoré pour continuer à perpétuer un système de privilèges qui se fout de la misère des masses.
Le communiqué de la direction générale des médias de l’Assemblée nationale qui prétend expliquer, sinon justifier l’emploi des millions distribués aux députés est en réalité tout aussi scandaleux que la dilapidation de tant d’argent public. Ce communiqué soutient que cette gratification s’inscrit « dans la pratique parlementaire » et vise à apporter un « appui aux députés pour rendre compte du travail parlementaire aux populations à la base ». Chic ! Puisque le même communiqué nous apprend que c’est à la fin de chaque session parlementaire que ces millions sont remis aux députés pour aller au contact des populations à la base, il est temps donc que chaque honorable député rende compte de l’usage qu’il a eu à faire du million qu’il a reçu à la fin de la première session parlementaire en juin 2016.

Le communiqué fait également référence au budget 2016 voté par le Conseil national de la Transition (CNT). Il est alors tout autant surprenant d’évoquer une loi votée par un CNT dont la qualité du travail a été régulièrement contestée par l’instance dirigeante actuelle de l’Assemblée nationale. Plutôt donc que de ruser avec les textes et de se jouer de l’intelligence de l’opinion publique, il serait plus pragmatique et plus utile d’employer ces centaines de millions directement dans les services sociaux au profit des populations au lieu de s’auto-octroyer des millions injustement au regard même de l’actualité et du contexte national.

En effet, pendant que le gouvernement vient d’organiser une conférence de charme avec des bailleurs de fonds pour rechercher des financements de plusieurs milliards afin de réussir à mettre en œuvre le Programme national de développement économique et social (PNDES), comment comprendre que les députés rament à contre-courant en se partageant avec insouciance des deniers publics dans un contexte national marqué par une morosité économique et des lendemains de clair-obscur ? Comment le gouvernement avec sa bonne foi peut-il convaincre les syndicats que « les caisses sont vides » alors que les députés eux s’en mettent plein les poches ? Un proverbe africain dit qu’ « on ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille les arachides ». N’est-ce pas pour cette raison que les députés peuvent tout se permettre, eux qui votent le budget ? De huit milliards de franc CFA, le budget initial que les députés du Conseil national de la Transition avaient voté pour l’exercice 2016 de l’Assemblée nationale, les députés de la 7è législature en révisant le budget de l’Etat gestion 2016 ne se sont pas oubliés et ont augmenté tout simplement leur cagnotte à 15 milliards, presque le double, soit une rallonge de sept « petits milliards ». Est-ce cela le changement annoncé ?

Cette situation est d’autant plus révoltante au regard des propos prononcés par le président de l’Assemblée nationale lors de son discours d’investiture le 30 décembre 2015 : « Nous devons mener ce travail en nous collant le plus près possible des aspirations populaires. Si notre auguste Assemblée venait à se démarquer des intérêts populaires, nous connaîtrons un sort plus triste que celui de nos devanciers … Nous ne devons pas sortir ici en bourgeois repus et apaisés, mais avec la marque du peuple. Si le peuple évolue dans ses intérêts, nous pourrons évoluer dans nos intérêts ». Malheureusement le peuple n’a pas évolué, mais les députés, eux, ont évolué dans leurs intérêts égoïstes.

Au regard de ce qui précède, le Balai citoyen s’insurge contre la perpétuation d’un régime de privilèges égoïstes, qui ne tient pas compte des aspirations populaires. Il invite les députés à ne pas déshonorer le sacrifice des martyrs de l’Insurrection populaire et de la Résistance au putsch. En tout état de cause, notre Mouvement se réserve le devoir moral et patriotique de poursuivre la lutte avec en ligne de mire la démocratie et la justice sociale. D’ores et déjà, il invite la représentation nationale à procéder à la révision de son règlement intérieur et de tout autre texte rétrograde qui réprime les intérêts du peuple et octroie indûment des avantages au profit des dirigeants.

Les représentants du peuple devraient servir le peuple avant de se servir. C’est à ce titre et seulement à celui-ci, qu’ils pourront prétendre à une quelconque honorabilité.

Pour le Balai Citoyen
La Coordination nationale

« Il faut arrêter de faire du répressif, du sécuritaire ou même de la gesticulation et de la diabolisation du phénomène migratoire. Ce n’est ni un phénomène pervers, ni un phénomène criminel. Considérons- le et traitons- le comme un phénomène naturel qu’il faut accompagner, modaliser et positiver ».

Louis Michel

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