Procès des pro-Gbagbo : vers une confirmation de la justice des vainqueurs

PAYS : Côte d’Ivoire
DATE DE PUBLICATION : jeudi 12 mars 2015
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Depuis plusieurs semaines on entendait que ça et on attendait que ça ! Ça, c’est le procès des pro-Gbagbo. Ce 9 mars, le verdict est tombé : 20 ans de prison ferme pour l’ex première dame, Simone Gbagbo. Elle et ses 78 co-accusés sont jugés pour atteinte à la sureté de l’Etat dans le conflit de 2010-2011. En plein processus de réconciliation, on pensait à une situation atténuante mais hélas, la foudre a fini par s’abattre impitoyablement sur dame Simone Gbagbo. Selon les sources onusiennes la crise post-électorale aurait fait plus de 3 000 morts.

Deux décennies de cachot pour dame Simone

Un procès à haute tension, c’en est un, surtout que la victime est l’Etat dans ce cas. Plusieurs fois reporté, c’est finalement le 9 mars 2015 que la sentence est tombée. Nous nous attendions certes à une condamnation mais pas une vie de cachot pendant deux décennies. Ainsi les pro-Gbagbo n’ont que leurs yeux pour pleurer. Cette condamnation vient mettre la commission réconciliation, justice et vérité dans une position inconfortable qui par ailleurs était déjà mal en point. Chose qui présage un avenir tumultueux et moins radieux du point de vue de la justice au pays de Houphouët Boigny. Les dignitaires du défunt régime ne croiseront pas les bras et laisser le pouvoir de Alassane Ouattara en paix. Ils mettront du sable dans leur couscous ; c’est une évidence qu’il faudra, dans les jours à venir affronter en face. Si rien n’est fait pas pour une véritable réconciliation des fils et filles de la Cote d’Ivoire, alors ce pays risque, une fois de plus de sombrer dans les tristes méandres de l’histoire : loin de nous l’esprit d’un quelconque souhait mais c’est, une fois de plus une évidence à prendre avec le sérieux possible.

Vers une confirmation de la justice des vainqueurs ?

Quelle suite sera accordée à la commission vérité, justice et réconciliation ? Tous les rapports qui ont été fournis sur les exactions en Cote d’Ivoire ont sonné le régime de ADO de pratiquer une justice des vainqueurs. L’histoire est en train de jouer favorablement du côté de l’ancien régime dans la mesure où jusque-là personne du camp adverse n’a comparu devant les juridictions. Pourtant, tous reconnaissent, même Alassane Ouattara ne pourra jamais nier totalement qu’il n’a fait de victimes. Pourquoi donc le choix délibérer d’affubler un camp de tous les sobriquets possibles ? N’est-ce pas une injustice à outrance qui s’applique en Côte d’Ivoire au nez et à la barbe de la communauté internationale, qui jusque-là demeure bouche bée ? Une paix durable au bord de la lagune Ebrié s’avère du jour au jour utopique ? L’histoire nous le dira dans l’avenir.

Possibilité d’amnistie ?

Néanmoins rien n’est totalement perdu pour peu que les autorités ivoiriennes fassent preuves de tolérance et de pardon en acquittant ces centaines de personnes qui croupissent déjà dans les geôles à travers le pays. Le malheur de la plupart d’entre eux c’est d’avoir appartenu à l’autre camp, celui de Gbagbo. Vu les manques de preuves sérieuses présentées par l’Etat pour corroborer l’accusation de l’atteinte à la sureté de l’Etat nous osons croire que le président Ouattara fera preuve de sagesse et de bon sens en accordant l’amnistie aux condamnés surtout que nous sommes seulement à quelques huit mois des échéances électorales. Tout laisse croire qu’on va droit vers cette hypothèse vu que ce procès, de l’avis des experts est allé très vite. Condamner dare-dare pour amnistier par la suite ? Il faut bien le faire, car la vie de la nation y dépend même si certains verront en cette amnistie une prime à l’impunité. La Cote d’Ivoire ne demandera pas mieux que la paix !

Masbé NDENGAR

« Oui, nous [Blaise Compaoré et moi] habitons l’un en face de l’autre. Je l’ai invité à déjeuner. Nous avons échangé sur ce qui lui est arrivé, car, comme moi, il a subi un coup d’Etat. Je l’ai trouvé serein et je crois que je suis un exemple pour beaucoup. Il faut de la patience, de la sérénité … Le temps est un facteur important. »

Henri Konan Bédié in J.A n°2945 du 18 au 24 juin 2017.

img