Pourquoi l’internet coûte si cher en Afrique ? Ce que je constate au Niger

PAYS : Niger
DATE DE PUBLICATION : vendredi 23 décembre 2016
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Avant de commencer tout bavardage vous devriez savoir ceci : à cause de l’instabilité d’internet, j’ai passé près de quatre journées à la rédaction et à la mise en forme de cet article que vous lisez en ce moment. Télécharger une image d’illustration d’à peine 500 Ko dure une éternité, souvent. Côté finance, cela m’a coûté près de 1500 F CFA (à peu près 2.5 euros). Quand on connait le niveau de vie du pauvre nigérien, et bah ce n’est pas donné. Je ne suis pas en train de jouer la carte de la victime, mais désormais pour chaque article que vous lirez, tâchez de penser aux investissements que cela implique.

Cherté d’internet au Niger. Crédit photo : Ousmane

L’accès à Internet au Niger est trop cher. Cependant, sur le continent, le Niger est loin d’être l’unique concerné par ces prix élevés d’internet. En effet, beaucoup de pays de la sous-région en souffrent. Nous pourrions citer l’exemple du Tchad, du Mali, du Cameroun …

C’est dans ce contexte que nous tentons de mobiliser tous les blogueurs et activistes intéressés, de même que les ONG, les associations de consommateurs pour nous soutenir dans cette quête de transparence et de vérité qui manquent au secteur des télécommunications face au mutisme des opérateurs mais aussi des agences de régulation gouvernementales. En attendant, la flambée des prix continue de plus belle quand bien même de nouveaux câbles sous-marins se sont arrimés au continent.

N’oubliez pas de liker notre page Facebook et d’intégrer notre #InterNETropCher dans vos tweets !
Nous comptons sur votre soutien !

Pourquoi le Niger ?

Parce que ce pays est tout simplement le plus pauvre de la planète. S’abonner à l’internet fixe équivalait, en 2014, à investir les deux tiers de son revenu pour un débit de 0.26 Mb/s, soit un internet très lent. Heureusement, dans la foulée c’est aussi développée la large bande mobile. Nécessitant moins d’infrastructures physiques pour se déployer, l’Internet mobile a réussi à faire passer le Niger de 5 000 utilisateurs d’internet en 2000 à plus de 400 000 en 2016. (Sources : Internet world stats).

Cependant, cette embellie est restée relativement courte et nuancée car la baisse des prix n’a pas tenu ses promesses. Pour un dollar au Niger, vous avez droit à un forfait internet 3G d’un volume de 200 Mb en prépayé valable une semaine. La 3G ne couvre que 2% des connexions au Niger (source : GSMA). Ce qui veut dire que plus de 90% des internautes nigériens achètent une connexion internet de niveau 2G au prix de la 3G. Les fournisseurs d’accès proposent des services et des tarifications identiques selon que vous vous trouvez dans une zone couverte ou non.

En France par exemple, à partir de 20 euros (un peu plus de 13 000 F CFA), vous pouvez déjà trouver des formules d’abonnement proposant un accès mensuel illimité d’internet en 4G. En plus, ces abonnements sont aussi des forfaits « multi-play », c’est-à-dire qu’ils incluent aussi des appels, Sms, Mms, illimités. Au Niger avec 15000 F CFA (à peu près 23 euros), vous avez accès à un forfait internet prépayé de 7Go pour un mois en 2 ou 3G sans aucune formule « multi-play ». Généralement le forfait s’épuise au bout de quelques heures de navigation sur le web. Par contre si votre zone n’est pas couverte par la 3G, au bout d’un mois vous auriez probablement réussi à consommer à peine 10% de ce volume qu’il s’épuise.

La hausse des prix et le câble sous-marin

Il n’est un secret pour personne que l’Afrique manque cruellement d’infrastructures numériques. L’une de ces infrastructures, et non des moindres, est le câble sous-marin. Les câbles sous-marins représentaient 99% des trafics de données dans le monde en 2013.

Pour faire transiter des données, le câble est nettement plus performant qu’un satellite géostationnaire. Un câble sous-marin permet en effet d’économiser jusqu’à 0,24 seconde par rapport au satellite. Si 0.1 seconde pour un être humain ne représente pas grand-chose, un supercalculateur comme le Sunway TaihuLight est capable de réaliser 930 millions de milliards d’opérations dans ce laps de temps. Aujourd’hui la plupart des smartphones ont au moins un processeur cadencé à plus de 2 GHz (fréquence horloge), c’est-à-dire capables d’effectuer plus de 20 millions d’opérations en 0.1 seconde.

Les avantages qu’offrent les câbles sous-marins en termes de connectivité sont immenses. Cependant, pour l’Afrique si des avantages existent, ils sont tout sauf économiques.

Coût de l’internet et bande passante : un lien de cause à effets

En effet, le coût de la bande passante reste relativement élevé. Les capacités des câbles pour ce qui est des bandes passantes s’expriment en bits par seconde (bits/s). Si le câble sous-marin est une autoroute, alors la bande passante est tout simplement le nombre maximal de véhicules qui peuvent l’emprunter en une seconde. En général pour emprunter une autoroute on paye une taxe, de même vous devez payer pour louer une bande passante.

Le graphique suivant montre :

• les principaux câbles sous-marins actifs sur le continent africain, comme par exemple, le WASC – (West Africa Submarine Cable) ou l’Orange Marine.
• le nombre de points d’atterrissement de chacun, soit le nombre de connexions de chaque câble sur le contient. Le point d’atterrissement est comme une « prise » sur chaque câble permettant de connecter un pays au reste du monde.Sachez néanmoins qu’un pays peut se connecter (brancher) plusieurs fois sur un même câble, très souvent en divers endroits de son territoire.
• leurs capacités (exprimées en térabits/s), c’est-à-dire le « volume » de données qu’est capable de transporter le câble.
• l’année de mise en service du câble.

Lire la suite de l’article sur le blog de Ousmane Mamoudou

« Jeunes, efforcez-vous toujours de comprendre les hommes, et recherchez par tous les moyens la mutuelle compréhension ! Alors, nos différences, au lieu de nous séparer des autres, deviendront sources de complémentarité et d’enrichissement mutuel. »

Amadou Hampaté Ba, « diplômé de la grande université de la Parole enseignée à l’ombre des baobabs »

img