Le e-Gouv : Un pari du futur ?

PAYS : Togo
DATE DE PUBLICATION : lundi 29 mai 2017
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Le chantier du numérique est lancé dans notre pays. Une série d’initiatives novatrices sont prises dans ce sens par le gouvernement. La plus récente qu’est l’opérationnalisation du projet e-gouvernement, date du 24 Avril 2017.


Lorsqu’un pays nourrit l’ambition de grandir, de mûrir et d’exister parmi les autres nations, comme une entité qu’on doit respecter, comme une entité à considérer, ses gouvernants se doivent de faire des choix audacieux à la hauteur des défis de notre monde actuel. La Politique numérique du Togo reconnaît l’importance de doter les bâtiments publics (Campus universitaires, CHU, les institutions de la république, les ministères, etc.) d’un réseau haut débit, rapprochant ainsi l’administration publique des usagers en assurant un accès rapide et fiabilisé à l’information étatique au profit du progrès social et économique.

Il revient au ministère en charge de ce projet, en l’occurrence le ministère des postes et télécommunications de mettre sur pied les stratégies appropriées à la réussite de sa mission, en communiquant suffisamment autour de la chose et en se montrant dynamique, inventif, innovant, efficace.

Ainsi le 17 mai 2017, suite à une invitation dudit ministère, une trentaine de blogueurs, influenceurs, et créateurs de contenu se sont rendus dans ses locaux pour une séance de sensibilisation et d’information sur le réseau e-gouvernement.

QUID DE CETTE SEANCE DE SENSIBILISATION ET D’INFORMATION ?

Le projet e-gouvernement comprend deux phases. La première phase consiste à relier tous les bâtiments publics des deux principales villes du Togo que sont Lomé et Kara, par le biais de 250 km de fibre optique à une centrale informatique abritant les applications et autres outils virtuels utilisés par les différentes administrations. Ainsi chaque utilisateur se connectant à ce réseau peut accéder aux contenus de son administration et des autres administrations. Ceci facilite ainsi grandement son travail et supprime le temps d’attente des demandes de document d’une administration à l’autre.

La phase 2 consistera à relier à ce réseaux les autres bâtiments publics des autres villes du pays.

Pour faire plus simple, le e-gouvernement consiste à dématérialiser l’administration togolaise en numérisant tous les contenus de l’administration public, réduisant ainsi les formalités au réel. L’ère du numérique dit-on.

LES VILAINS, LEVEZ LE DOIGT !

Ce qui est à déplorer dans l’administration public est la nonchalance et le manque de conscience professionnel dont font preuve les agents publics. Mettre à la disposition de telles personnes une connexion internet haut débit est une incitation au travail buissonnière. La preuve : Selon le Ministère des Postes et de l’Economie Numérique, nous avons onze mille utilisateurs connectés sur la plateforme e-gouvernement en journée. La majorité de ces 11 000 terminaux sont des Android. C’est dire que la majorité des agents publics se servent du réseau pour vaquer à leurs affaires, téléchargements et causeries personnels. N’est pas un crime que de se servir des moyens de l’Etat dans ses intérêts propres ? Les administrations abritent donc plus de terminaux Android que de PC sous Windows, linux ou Mac OS. L’administration public comme elle va …

LA DICHOTOMIE DU E-Gouv

En dotant certains lycées publics du réseau e-Gouv, l’Etat a pour dessein de leur fournir un cadre et un support, permettant le suivi électronique des élèves par les parents et enseignants. C’est bien beau tout ça. L’intention y est, mais les résultats ne seront pas au rendez-vous. L’intention ne compte pas. Seuls importent les résultats.

La scolarité dans ces établissements publics est inférieure à 20 000 F CFA. Une scolarité que peine à payer la majorité des parents. De telles personnes ont-elles les moyens de s’offrir un ordinateur à 300 000 F CFA pour suivre l’évolution scolaire de leurs enfants ? Même après la défiscalisation des équipements numériques au Togo, seront-ils accessibles à cette population qui vit d’un salaire inférieur à 70 000 F CFA le mois ? D’aucuns diront qu’il est possible de faire cela à partir d’un téléphone Android coutant dix fois moins chers. Soit !

A une ère où beaucoup sont encore des analphabètes modernes, le projet e-Gouv semble avoir été conçu pour une minorité alors que d’autres chantiers de développement notamment l’amélioration de la vitesse de la connexion internet et la diminution des coûts de connexion au Togo semblent beaucoup plus pertinents.

LE PROJET VIENT DE NAÎTRE. NE LUI COUPONS PAS L’OXYGENE.

Avec le e-Gouv, l’Etat fait un pari d’avenir. C’est un projet pionnier dont les applications seront nombreuses dans les années à venir. Il incitera la population à s’intéresser aux TICS, afin de se faciliter la vie. Ceci aura pour impact premier dans une dizaine d’années un plus grand nombre de personnes connectés. L’on parle de #Tic4Dev

Les efforts que fournit Madame la Ministre Cina LAWSON depuis sa nomination en 2010, sont à louer. Faire ce qu’elle fait avec les moyens à sa disposition, les contraintes humaines et financières, relèverait pour certains d’une mission impossible. Cette femme milite pour l’évolution technologique de notre nation. Entre les idées et la réalisation, il y a la bonne volonté et les moyens.

Du reste, le vin est tiré. Il faut bien le boire.

Article initialement publié sur le blog de Laurier d’ALMEIDA

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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