Le capitaine Guy Hervé Yé : « Non, Dr Ra-Sablaga Ouédraogo, l’armée n’est pas désorganisée »

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : jeudi 4 mai 2017
CATEGORIE : Articles
THEME : Médias

C’est dans un contexte sécuritaire difficile que la journée mondiale de la liberté de la presse a été célébrée ce 3 mai 2017 au Burkina Faso. C’est fort de ce constat que le thème : « Défis sécuritaires au Burkina Faso : rôle et responsabilité des médias ! » a été choisi. Cette thématique a été décortiquée lors d’un panel organisé par le Centre national de presse Norbert Zongo (CNP-NZ). C’est sous la conduite du modérateur, le professeur Thophile Balima que Germain Nama, Dr Ra-Sablaga Ouédraogo et le capitaine Guy Hervé Yé, ont tour à tour présenté la situation sécuritaire et la responsabilité des hommes et des femmes de médias dans le traitement de l’information. C’est également en cette journée que le prix de la meilleure journaliste Burkinabè, édition 2017 et le prix Norbert Zongo du journaliste d’investigation ont été lancés. Si les uns et les autres se sont réjouis de la 42e place qu’occupe Burkina Faso sur l’échiquier mondial en terme de la liberté de presse, il ne faut pas perdre de vue non plus la fermeture de nombreux organes de presse ces derniers temps.

La journée mondiale de la liberté de la presse a été célébrée cette année au Burkina Faso avec un mot clé à l’ordre du jour : la sécurité. Les Forces de défense et de sécurité(FDS) et les hommes de médias doivent plus que jamais renforcer leur collaboration. C’est seulement à ce prix qu’on peut parvenir à vaincre les forces du mal que sont les terroristes, estiment les panélistes du jour qui sont entre autre Germain Nama, Directeur de publication de l’Évènement (DP), Dr Ra-Sablaga Ouédraogo de Free Afrik et le capitaine Guy Hervé Yé, chargé de communication et des relations de la gendarmerie nationale avec pour modérateur le professeur Théophile Balima. Dans un contexte où l’ordre mondial rime avec la violence terroriste, il est recommandé aux journalistes d’être très vigilants dans le traitement de l’information. C’est sans doute ce qui a valu le choix du thème mondial de ce 3 mai 2017 : « des esprits critiques pour des temps critiques : le rôle des médias dans la promotion de sociétés pacifiques, justes et inclusives ».

Il ne suffit pas de se lever un beau matin et créer un journal

La célébration de ce 3 mai, selon Boureima Ouédraogo, président de la société des éditeurs de la presse privée(SEP) rappelle la responsabilité des journalistes face au défi sécuritaire. Selon lui, il faut aussi se féliciter et s’encourager du rang mondial qu’occupe la presse burkinabè. En effet, la presse burkinabè occupe la 42e place au classement mondial, selon le Reporters sans frontières(RSF) et 1re en Afrique francophone. Tout compte fait l’arbre ne doit pas cacher la forêt : « nous ne devons pas dormir sur nos oreillers. La liberté de la presse est une conquête permanente », a souligné Boureima Ouédraogo.

Si ce classement est honorable il ne demeure pas moins qu’il intervient dans un contexte où plusieurs organes de presse ont mis la clé sur le paillasson. Les raisons avancées pour justifier ce fait sont entre autres la dette publique et le manque d’insertion publicitaire. Mais pour Béatrice Damiba, ancienne présidente du conseil supérieur de la communication(CSC), le manque d’étude de marché y est pour quelque chose. « Bien entendu qu’il y a le printemps de la presse qui est là mais il ne suffit pas de se lever un beau matin et créer un journal. Ça demande de faire des études de marché. Beaucoup paient aujourd’hui le prix de n’avoir pas fait cette étude ». Selon elle, il y a certes beaucoup de titres mais la quantité seule ne suffit pas, il faut de la qualité.

Des mesures ont été prises pour résoudre le problème des fermetures des organes de presse

Le ministère de tutelle dit prendre conscience de ce problème et des mesures sont en train d’être prises pour le résoudre. « C’est une préoccupation pour le ministère (ndlr : ministère de la communication) qui a déjà mis un certain nombre de mécanisme en place pour résoudre le problème. Nous avons mis le mécanisme de subvention de l’État aux médias privés en place et nous avons aussi le fond d’appui à la presse privée qui a été mis en place depuis novembre 2015 », a confié Hortense Zida, secrétaire générale du ministère de la communication, qui reconnait qu’il y a certes de la lenteur dans la procédure mais tout est fait pour régler ce problème. En ce qui concerne la dette publique, Hortense Zida rassure que son ministre a engagé des démarches auprès des institutions et des départements ministériels afin que les créances puissent être résorbées pour permettre aux médias d’avoir une santé économique afin de continuer à jouer leur rôle de service public. « D’autres initiatives d’allègement fiscal au profit des organes de presse sont en cours », a-t-elle renchéri.

Un panel a été organisé par le Centre national de presse Norbert Zongo (CNP-NZ) en cette journée. Il a regroupé les hommes de médias, les FDS et les représentants des organisations de la société civile. C’est pour dire que la sécurité ou du moins la lutte contre le terrorisme ne saurait être le monopole des FDS. Ce panel s’est déroulé autour du thème : « défis sécuritaires au Burkina Faso : rôle et responsabilité des médias ».

Germain Nama, l’un des panélistes qui a exposé sur la responsabilité des médias estime que dans le contexte actuel, il faut être très rigoureux dans le traitement de l’information. En effet, pour lui, le terrorisme soulève inévitablement des doutes sur les choix éditoriaux des médias. Faut-il publier les images, diffuser ou ne pas diffuser certaines informations ? Ce sont là quelques questions qui sont aussi des dilemmes auxquels les médias font face. Mais chacun, estime Germain Nama, doit assumer sa responsabilité face à l’information publiée. Néanmoins le DP de l’Évènement recommande la connaissance approfondie du sujet que le journaliste souhaite traiter. Il illustre ses propos par un adage assez évocateur : « les médias peuvent couvrir une crise mais ne connaissent pas nécessairement la crise qu’ils couvrent ».

C’est un imaginaire sentiment d’insécurité

Dr Ra-Sablaga Ouédraogo, quant à lui, le tableau sécuritaire du pays est sombre. Il estime que la cartographie sécuritaire doit être impérativement revue. Selon le Dr, l’insécurité dont fait face le Burkina Faso est relative à un affaissement de l’État. A entendre Ra-Sablaga Ouédraogo, l’armée est désorganisée et si le commandement militaire n’est pas revu, l’insécurité a encore de beaux jours devant elle.

Visiblement sa communication n’est pas du goût du capitaine Guy Hervé Yé qui riposte sans plus tarder : « Dr, nous ne sommes pas désorganisés. Il y a un minimum qui est fait pour assurer la sécurité des citoyens et c’est ce qui permet à une femme par exemple de se lever très tôt le matin et d’être sur son vélo pour aller vaquer à ces occupations ». À l’en croire, la situation n’est pas si dramatique : « c’est un imaginaire sentiment d’insécurité ». Selon le capitaine, malgré les attaques dont le pays a été victime, les citoyens n’ont pas assez pris conscience de leur rôle. « Avec l’attaque du 15 janvier à Ouagadougou, nous pensons que les mentalités allaient changer mais ce n’est véritablement pas le cas », révèle, tristement capitaine Yé qui appelle une fois de plus à la collaboration de tous, car, selon lui, la sécurité relève de la responsabilité collective.

Masbé NDENGAR

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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