« L’arbre sans fruit » de Aicha Macky remporte le grand prix Sergio Vieira de Mello de CDL 2016

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : mardi 20 décembre 2016
CATEGORIE : Articles
THEME : Culture

Débuté le 10 décembre, le festival Ciné Droit Libre (CDL) a fermé ses portes le 17 décembre 2016. Le thème choisi pour cette 12e édition a porté sur l’extrémisme violent. Plus de 30 films abordant la thématique ont été projetés suscitant des débats houleux. La particularité de CDL 2016 est marquée par la journée écran noir le 13 décembre, date anniversaire de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo. Pour marquer leur ras-le-bol, les organisations de la société civile et le monde de la presse ont fait un sit-in silencieux de 13 mn devant le palais de justice de Ouagadougou. L’ouverture le 10 décembre, journée internationale de droits de l’homme en est une autre particularité. Le festival CDL est aussi le lieu de récompense des mérites des professionnels du 7e art. C’est ainsi que quatre prix ont été décernés. Le prix du public, le prix spécial du jury, le prix spécial Oxfam et le grand prix Sergio Vieira de Mello. La réalisatrice nigérienne Aicha Macky a raflé le grand prix avec son film « l’arbre sans fruits ». C’est le 16e prix que ce film rafle depuis sa sortie.

La clôture du festival était prévue se faire en présence du parrain Jean Ziegler. Mais cela n’a pas été le cas car il devrait être impérativement à New York. Qu’à cela ne tienne ! La soirée a commencé par la projection du film sur son combat « Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté ». C’est un film qui retrace la lutte que Jean Ziegler mène pour un monde de justice et de respect des droits humains. Il engage un combat farouche contre la faim dans les pays pauvres. « Un enfant qui meurt de faim est un assassinat », déclare-t-il. Ce combat, Jean Ziegler le même en parcourant le monde. Ainsi, il débarque au Congo RDC en 1960, au lendemain de son indépendance. Il déposera également sa valise au Burkina Faso où il avait de très bons rapports avec le président Thomas Sankara. Il poursuit sa marche de justice au Nicaragua sans oublier le Cuba qui a été toujours son pays de rêve. Pour lui, ce monde est à la fois un « monstre et un cannibale » qu’il faut à tout prix transformer. Ce film a autant captivé l’attention des cinéphiles comme ce fut le cas avec les autres. Le seul hic est l’absence du protagoniste pour des échanges.
Après cette projection de clôture, la place est faite aux récompenses. Ainsi, deux étudiants bénéficiaires de la bourse Norbert Zongo ont reçu leurs attestations ainsi que deux chèques d’un montant de 200 000f chacun. Il s’agit de Soma Soungalo et Natacha Ouédraogo, respectivement étudiant en droit et en communication. Selon le jury, l’excellence et l’engagement social constituaient les principaux critères de sélection.

Le film documentaire « Agrobusiness » d’Aziz Nikièma a reçu un prix spécial d’Oxfam d’un montant de 300 000f et un trophée. C’est un film qui va à la rencontre des paysans dont les terres ont été accaparées.

Le film du réalisateur tchadien, Mahamat Haroun Saleh « Hissèn Habré, une tragédie tchadienne », s’est vu attribué le prix du public. Avec une note de 15/20, le film a été primé à hauteur de 500 000f auquel s’ajoute un trophée. Dans ce film, le réalisateur part à la rencontre des rescapés du régime Habré qui portent encore les stigmates et l’horreur dans leur chair et dans leur âme.

Cinq films burkinabè étaient au programme à ce festival, mais étaient tous de l’association Semfilms, structure organisatrice de l’évènement. Du coup, « le meilleur prix burkinabè » a été annulé. Les membres du jury estiment qu’on ne saurait être juge et partie. Mais ce prix a été réattribué à Idriss Gabel qui a eu la « mention spéciale » du jury pour son film « Kolwezi on air ».

Le grand prix Sergio Vieira de Mello est revenu à la réalisatrice nigérienne Aicha Macky. « L’arbre sans fruit » traite l’épineuse question de l’infertilité dans les couples. Il explore avec sensibilité une problématique méconnue et questionne le statut de la femme dans la société nigérienne. La réalisatrice brise le tabou en racontant sa propre réalité : " Pour la prise de position sensible de l’auteur, pour avoir pris le risque de se mettre en scène et témoigner de la réalité des couples infertiles. Par son sujet, son approche authentique et sincère et pour sa capacité d’atteindre la population locale qu’un public bien plus large au-delà de l’Afrique, pour la richesse des thèmes sous-jacents, sont autant de drame dans une Afrique encore marquée par des pesanteurs sociétal que, le jury a l’unanimité, décerne le prix Sergio Vieira de Mello a Aicha Macky pour son film « l’arbre sans fruit »", a déclaré Rasmané Ouédraogo dit Razo, président du jury. Voilà autant de critères qui ont valu le choix du film.

Aicha Macky était rentrée au Niger avant la proclamation des résultats par le jury. C’est par téléphone qu’elle a été contactée pour être mise au courant. Sa joie fut grande : « C’est vraiment une grande fierté pour moi de remporter un prix et pas n’importe lequel à un festival comme Ciné Droit Libre qui fait la promotion des droits humains (…) j’avoue que c’est le meilleur prix que je viens de recevoir vu la problématique des droits humains. Merci encore aux festivaliers et à l’ensemble des membres de l’organisation et aussi au jury ».
Elle est reconnaissante à son équipe de réalisation et dédie ce 16e prix au peuple nigérien : « Je suis vraiment très honorée d’avoir reçu ce prix et à toute l’équipe aussi parce qu’un film ne se fait jamais seul. Je dois ce prix aux nigériens parce qu’ils m’ont tous accompagné dans la promotion de cette œuvre. Merci à vous tous d’avoir cru en moi ». C’est sur des moments pleins d’émotion que les lampions se sont éteints sur la 12e édition du festival Ciné Droit Libre. A l’année prochaine pour d’autres aventures.

Masbé NDENGAR

« Il faut arrêter de faire du répressif, du sécuritaire ou même de la gesticulation et de la diabolisation du phénomène migratoire. Ce n’est ni un phénomène pervers, ni un phénomène criminel. Considérons- le et traitons- le comme un phénomène naturel qu’il faut accompagner, modaliser et positiver ».

Louis Michel

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