L’aide au développement dans le Sahel

PAYS : Niger
DATE DE PUBLICATION : lundi 12 juin 2017
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Pour les peuples du Sahel l’aide a toujours existé ; fruit de la légendaire entraide qui caractérise les familles africaines. Cependant, au lendemain des indépendances, une nouvelle société sahélienne est née, façonnée par de nouvelles valeurs. Désormais, il faut gouverner, manger, se loger et se soigner comme les occidentaux.

Cette manière de vivre nécessite un certain niveau économique que l’Afrique ne disposait pas, il fallait donc emprunter et s’endetter. Alors l’État moderne sahélien c’est très vite retrouvé au beau milieu d’une économie mondialisée où le capitalisme ne fait pas de cadeau. Les déficits économiques se sont creusés et il fallait une aide au développement encore plus conséquente.

Quels types d’aide ?

Nous pouvons retenir qu’il existe principalement deux types d’aide, celle publique et celle privée.

La première est accordée par des institutions spécialisées comme le FMI, la Banque Mondiale ou même des États comme la France via l’AFD. Au Sahel, cette aide est dans la majeure partie des cas engloutie par le détournement, l’entretien des infrastructures publiques, l’ameublement des bureaux, les véhicules de services, au détriment de secteurs souvent prioritaires comme la santé, l’éducation, etc.

La seconde est fournie par des ONG qui s’approvisionnent elles-mêmes grâce aux dons privés ou de particuliers, cette aide est pour l’essentiel destinée à appuyer les communautés rurales qui manquent de tout.

Elle est donc principalement orientée vers l’appui alimentaire, la santé, l’éducation, la nutrition, les cultures irriguées, l’accès à l’eau, etc.

Il faut retenir que même si en apparence une aide parait gratuite, elle est très souvent minée par des contreparties.

Une aide au succès mitigé

Dans son ouvrage, Le Sahel au XXIe siècle, édité en 1989 Jacques Giri explique, à propos de l’aide au Sahel, que “l’échec d’un certain nombre de projet montre que connaitre l’existence d’une technologie est une condition nécessaire mais pas suffisante de son adoption ”.

Prenons l’exemple des méthodes contraceptives dont l’efficacité n’est plus à démontrer. Au Niger, malgré les moyens aussi bien techniques, humains que financiers mobilisés pour lutter contre la croissance démographique, ces techniques n’ont pas produit les résultats escomptés. En effet, ce pays dispose en 2017 du taux de fécondité le plus élevé de la planète avec 7,9 enfants par femme. La population du Niger est passée de 3 millions en 1960 à 21 millions aujourd’hui.

Dans ce même ouvrage, nous pouvons lire aussi que “ la prochaine génération sahélienne lèguera à ses enfants qui seront deux fois plus nombreux un capital naturel inférieur à ce qu’elle aura elle-même reçu en héritage ”. Au Sahel, comme dans la plupart des pays d’Afrique, l’état de richesse ou de pauvreté d’une famille est très lié à son capital foncier.

De 1960 à 2017 la population du Niger a été multipliée par 7. Dans ce pays, seul 8% de la superficie est cultivable, alors que le rendement par hectare n’a pas évolué, alors que le taux d’occupation de l’espace agricole, jugé critique à 25%, a fortement grimpé et dépasse 70% dans certaines zones.

En près de cinquante années d’aide au développement en Afrique, seul le pilotage des programmes d’intervention d’urgence s’est quelque peu amélioré. Cependant, les agriculteurs sont toujours aussi surpris par les successions de mauvaises récoltes et par les sécheresses.

Des difficultés qui persistent

Pour moi, les institutions d’aide sont elles-mêmes en crise, puisqu’elles ne savent plus comment résoudre le casse-tête africain. Sur place, beaucoup d’ONG apportent les mêmes appuis dans une même zone donnée. Elles se font souvent concurrence au lieu de mieux collaborer. Ces ONG mettent aussi des fonds considérables à la disposition des villageois qui, très souvent, dépassent leur capacité de gestion. C’est d’une part ce qui explique les échecs répétés de l’aide au développement, car les assistés essaient d’abord de profiter de cette masse de devises ou de biens et ne songent pas à apporter leurs contributions pour continuer eux-mêmes la gestion une fois le projet à terme.

On se pose plein d’autres questions en dehors de celles liées à la démographie. Par exemple, beaucoup d’ONG soutiennent des handicapés afin qu’ils puissent quitter la rue et travailler. Mais paradoxalement, les rues sont de plus en plus peuplées de mendiants, handicapés ou pas, et qui ont, pour certains, fait un tour dans un centre de formation. Des fonds sont toujours consommés, mais pour un résultat insignifiant dans bien de cas.


Quelles solutions pour l’avenir ?

Il est clair qu’il ne faille pas balayer d’un revers de main les efforts qui sont en train d’être réalisés sur place par l’ensemble des acteurs. Il est néanmoins évident qu’il faut améliorer et changer beaucoup de choses. Les fiascos de certains programmes ne doivent pas être vus comme des échecs mais comme des formes d’expériences à capitaliser.

L’aide au développement doit aussi être plus efficace et moins opaque, pour Gaston Leduc dans son livre L’aide internationale au développement, “ les pays développés doivent s’y montrer des partenaires actifs et loyaux, afin que leur prospérité fasse tache d’huile et s’étende progressivement à l’ensemble du monde ”.

Très souvent on dit que si l’Afrique connait autant de difficultés, c’est parce qu’il y’a trop de bouches à nourrir. Mais à titre personnel, je pense que le problème de l’Afrique, ce n’est pas qu’il y ait trop d’africains, le problème de l’Afrique c’est qu’il y’a trop de pauvres. Cette pauvreté est elle-même issue de facteurs essentiels qu’il faut chercher dans le fonctionnement des gouvernements actuels, mais aussi dans les profondeurs de la société traditionnelle sahélienne.

Pour conclure cet article bien trop court et donc assez incomplet, il faut se rendre à l’évidence que l’avenir du Sahel a toujours été décidé dans des forums ou d’autres rencontres pour le succès que l’on sait. D’ailleurs Barack Obama a un jour rappelé que “ l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes ”. Je pense aussi que, les dynamiques d’adaptation des sociétés sahéliennes doivent être mieux comprises.

Que l’aide au développement connaisse un succès ou pas, il est certain que des changements seront quoiqu’il en soit impulsé par d’autres forces ou d’autres valeurs. Comme l’a si bien remarqué G.Balandier “ Toute société porte en elle d’autres sociétés possibles ”.

Article initialement publié sur le blog de Ousmane

« Il faut aller vers la recherche de la paix et de la stabilité et je pense que nous allons y aller. (…) Le putsch, c’est du temps perdu, je le reconnais, des moyens perdus, je le reconnais, c’est des vies humaines de perdues, je le reconnais. »

Général Gilbert Dienderé en septembre 2015 après l’échec de son coup d’Etat

img