Guinée : le pays tarde à être au rendez-vous du développement !

PAYS : Guinée
DATE DE PUBLICATION : jeudi 14 août 2014
CATEGORIE : Articles
THEME : Société
AUTEUR : Redaction

La Guinée Conakry, naguère considérée comme le grenier et le château d’eau de l’Afrique, peine à relever ses défis socio-économiques primaires. Dans la capitale Conakry, les populations se plaignent de plus en plus de la cherté de vie. A l’instar des autres pays de la sous-région, le chômage des jeunes est alarmant et la corruption va grandissante. Au vu des nombreuses potentialités que regorge ce pays, on est en droit de s’indigner et de s’interroger sur la gestion et la répartition des ses ressources, Bien Commun de tous les guinéens. Comment comprendre alors qu’une terre bénie par sa situation géographique, son climat, sa végétation, ses ressources minières et énergétiques etc. ait du mal à résoudre ses problèmes socio-économiques mineurs ?

Des ressources naturelles à n’ en point finir !

Le sol et le sous-sol guinéen sont riches et même très riches. Cheick Anta Diop en fait d’ailleurs l’étalage suivi de propositions dans Les Fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique noire. Si ce sont les potentialités pour un mieux-être de tous, la Guinée en dispose abondamment. Que ce soit sur le plan des ressources humaines, naturelles, minières et énergétiques etc., la Guinée n’a rien à envier à ses voisins ouest- africains. Elle produit la bauxite en abondance. D’ailleurs, elle en est le premier pays exportateur mondial. Au côté de ce minerai, il y a aussi les nombreux gisements de fer, d’or, de diamant et de pétrole très convoités et exploités. Mais hélas, la réalité est tout autre. Fort malheureusement, elle n’est, jusque-là, pas encore au rendez-vous de l’histoire. Celui du développement, celui que bon nombre de panafricanistes, d’intellectuels dans le passé prévoyaient pour ce pays.

Quelques difficultés majeures en Guinée

S’il y a des préoccupations communes qui affectent quasiment toutes les couches de la société guinéennes, c’est entre autre celles liées à la vie chère, l’accès à l’eau potable, l’électricité et l’emploi. Quatre (4) gangrènes qui rongent et ne laissent presque personne indifférent. Elles sont régulièrement l’objet de protestations citoyennes mais aussi de tables rondes d’experts. L’électricité, au-delà de son illégale répartition sur le territoire national, représente un véritable casse-tête pour les populations. Si ce ne sont pas des « jeux de lumières », coupures temporaires mais répétées dans le temps, ce sont carrément des délestages qui peuvent durer des jours et des jours. L’eau subit la même cadence. Quant à la vie chère, elle est également une grosse équation pour le citoyen moyen surtout qui paye le prix d’une spéculation cruelle et mal contrôlée par les autorités compétentes. De nombreux diplômés rasent les murs à la recherche du moindre boulot pouvant assurer la survie. A la Conférence des ministres africains de l’Emploi et de la Formation professionnelle tenue à Abidjan du 21 au 23 juillet dernier, le Ministère du Travail, de l’Emploi, de l’Enseignement Technique et de la Formation professionnelle, M. Albert Damantang Camara, déclarait qu’ « avant d’être un problème de formation, le chômage des jeunes est d’abord dû à l’absence d’emplois disponibles et ce, parce que la structure des économies des pays africains et de leurs secteurs privés respectifs n’en créent pas suffisamment’ ». Voilà qui est bien dit Mr le ministre, si les résultats du diagnostic sont si bien connus, alors qu’attendez-vous pour multipliez les efforts ?

Dans le dernier classement de l’Indice du Développement Humain (IDH-PNUD), la Guinée est classée 179e sur 187. En effet, plus de 50% de la population vit sous le seuil de la pauvreté selon l’ONU. Plusieurs raisons justifient cet état de fait.

Les motifs d’une situation qui perdure

La Guinée à mal à sa gouvernance. Alpha Condé, alors opposant historique, au pouvoir depuis 2010 et qui a longtemps porté les espoirs de tout un peuple, n’a vraisemblablement pas encore pris la mesure de la situation. Il semble plus porté vers l’extérieur. S’est-il déjà engagé dans le « faraud faraud » habituel, reconnu à plusieurs de nos chefs d’Etats africains ? Même si le porte-parole du gouvernement, expliquait à l’AFP, il y a quelques mois que : « Nous avons été confrontés à une situation catastrophique avec des caisses de l’Etat vides, un endettement exponentiel et un taux d’inflation de 29% » (à l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé), cela ne saurait être une excuse valable pour les autorités guinéennes. La corruption est quasi permanente dans tous les domaines d’activités et ce ne sont pas les alertes, dénonciations et autres cris d’alarmes qui manquent. Elle est l’une des raisons majeures de ce malaise. D’ailleurs, selon l’indice de perception de la corruption 2013 de Transparency International, la Guinée est classée 150e sur 177 pays. Toujours selon cette organisation, la Guinée figure parmi les plus mauvais élèves en Afrique de l’Ouest. Aussi les tractations politiques entre rivaux, pouvoir et opposition notamment, semblent être plus au centre des préoccupations des autorités que les problèmes que rencontrent au quotidien les guinéens.

Il est évident que les nombreuses préoccupations du peuple guinéen ne datent pas de maintenant, elles sont la résultante de plusieurs années de dictature qu’a connue ce pays depuis son accession à l’indépendance. Les principes de gestion du patrimoine public ont longtemps été foulés au pied et faisant des richesses de ce pays, une chasse gardée de clans qui en revendiquaient le monopole, de multinationales etc.

Ce pays a donc besoin d’une réelle impulsion vers le développement et elle ne peut être efficace que si elle émane d’abord des autorités. Des efforts sont déjà faits et les résultats visibles sur le terrain, mais Alpha Condé et son gouvernement doivent encore redoubler d’efforts pour le rayonnement de cette Guinée que nous aimons tous.

« Dans le malheur nous avons lutté ensemble, dans la liberté nous triomphons ensemble. A présent, libre de mes mouvements, je reprends du service. Et par là même, je m’affirme en la légitimité nationale. La transition est ainsi de retour et reprend à la minute même l’exercice du pouvoir d’Etat. L’a-t-elle d’ailleurs jamais perdu ? Non, vu la clameur nationale contre les usurpateurs, vu la réprobation internationale contre l’imposture, c’est l’aveu même que le gouvernement de transition que vous avez librement choisi, et en qui vous avez totalement mis votre confiance, est resté le seul à incarner la volonté du peuple souverain. »

Michel Kafando, Président de la Transition, le 23 septembre 2015.

img