Guinée : Drôle d’élection !

PAYS : Guinée
DATE DE PUBLICATION : samedi 17 octobre 2015
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

Le 11 octobre dernier, la Guinée a organisé une élection présidentielle. Ce jour devient donc, une nouvelle date historique pour le pays. Mais, cette élection sera également, l’une des plus fantaisistes et frauduleuses de l’histoire de l’Afrique.

Au terme de ce scrutin, le président sortant Alpha Condé est réélu dès le premier tour avec la majorité absolue (plus de 50% des voix). Des sondages effectués sur internet une semaine avant l’élection donnaient le même Alpha Condé second avec environ 41,86% des voix.

C’est comme cette question que se posait un observateur européen quelques heures avant les résultats provisoires : « comment peut-on expliquer qu’un homme qui avait 18% des voix en 2010 peut remporter 5 ans plus tard une élection présidentielle des le premier tour ? ».

Cela parait facile à expliquer si l’on voit l’ampleur des fraudes qu’il y a eu pendant cette présidentielle.

Les anomalies pré-électorales

Les politiques ont d’abord depuis des mois dénoncé l’enrôlement de mineurs dans les régions favorables au candidat Alpha Condé.

En plus de cet enrôlement de mineurs, des hauts cadres de l’administration, voire même des membres du gouvernement, se sont faits enrôlés une dizaine de fois. Suite à la médiocrité des travaux fait, ces personnes ont reçu autant de cartes d’électeurs. Au fait le vice-maire de la commune de Kankan s’est enrôlé 4 fois. Pire, le ministre Louceny Camara s’est aussi enrôlé 4 fois.

Quelques jours avant le 11 octobre des bulletins de votes ont été retrouvés dans une des voitures formant le cortège du premier ministre Mohamed Saïd Fofana alors que ces bulletins ne doivent pas circuler avant le jour du scrutin, et même ce jour, ils ne sont pas censés être avec le premier ministre.

Les anomalies électorales et post-électorales

Le jour des élections, vu que la CENI n’était pas prête, on a assisté à plusieurs reprises, à des changements de règles de jeu pendant le match.

La liste d’émargement des électeurs est imprimée pêle-mêle et il faut une dizaine de minutes pour retrouver le nom d’une personne.

Un peu après 10 h, la CENI annonce qu’il est désormais autorisé à tous les citoyens de voter sans enveloppe (ce qui est illégale) alors qu’elle disait les jours précédents être entièrement prête. Si elle était prête des enveloppes suffisantes ne seraient pas disponibles partout ?

Quelques minutes plu tard, elle sort un second communiqué relatif à la prolongation du vote dans certains bureaux de vote. Pire, dans certaines localités de la haute Guinée, des bureaux de votes ont fonctionné jusqu’à 23 heure.

Après le vote, les jours suivant, la compilation des résultats a commencé. Des individus ne sachant même pas comment tricher ont été mis à l’ouvre. Dans la région de Faranah, dans la commune urbaine de Kissidougou, l’on a vu dans un bureau de vote plus de votant que d’inscrits. Dans le bureau de vote n°2 de Dounikono 2 sur 365 inscrits, paradoxalement on enregistre 435 votants, soit 70 personnes de plus.

Dans le même moment dans la préfecture de Nzérékoré sur un total de 151.467 inscrits l’on a enregistré 157.772 votants soit cette fois-ci 6305 électeurs de plus.
L’on me parle de vote par procuration, comment peut-on expliquer que 6305 personnes ont votés par procuration dans la seule circonscription de Nzérékoré ?
C’est simple, des gens ne sachant même pas comment voler ont été mis à l’œuvre pour tout simplement faire passer Alpha Condé dès le premier tour, pire qu’un hold-up électoral !

Et comme le concluait Michel Nana « avec ce qui s’est passé en Guinée, on est obligé de reconnaître avec René Dumont, que « l’Afrique noire est mal partie » et que cette affirmation afro-pessimiste demeure une réalité cruelle, pour le grand malheur des populations africaines aspirant à la démocratie. ».

Elhadj Boubacar BAH ( MonfoutaMaguinee )

« Oui, nous [Blaise Compaoré et moi] habitons l’un en face de l’autre. Je l’ai invité à déjeuner. Nous avons échangé sur ce qui lui est arrivé, car, comme moi, il a subi un coup d’Etat. Je l’ai trouvé serein et je crois que je suis un exemple pour beaucoup. Il faut de la patience, de la sérénité … Le temps est un facteur important. »

Henri Konan Bédié in J.A n°2945 du 18 au 24 juin 2017.

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