Guinée Conakry : Le compte à rebours a recommencé

PAYS : Guinée
DATE DE PUBLICATION : mercredi 15 avril 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Politique
AUTEUR : Masbé Ndengar

Ce lundi 13 avril 2015, des manifestants étaient dans les rues de Conakry. Ils ont répondu à l’appel de l’opposition pour protester contre l’insécurité qui gangrène le pays depuis des années. Des vies humaines ont été fauchées malheureusement lors de ces manifestations qui se sont transformées en une course poursuite. Retour sur une journée chaude à Conakry.

Il a plu sur Conakry. Il ne s’agit pas de pluie mais plutôt d’une marée noire de monde qui arborait les rues de la capitale Conakry le 13 avril 2015 et pour cause : protester contre le calendrier électoral et l’insécurité grandissante dans le pays. En tout, deux millions de personnes étaient dans les rues. Trois morts et une dizaine de blessés, tel est le triste bilan au soir des échauffourées. L’opposition et le parti au pouvoir sont coudes à coudes. Aucun parti, ni de l’opposition ni du pouvoir ne veut faire des concessions. L’opposition demeure téméraire sur sa position et le pouvoir se contente de crier au scandale et à la déstabilisation.

Où va la Guinée ?

Depuis 1958, date de l’indépendance du pays jusqu’à nos jours l’histoire de ce pays a toujours été tumultueuse et mouvementée voire bouleversante. Des crimes les plus odieux se sont succédés, des arrestations quasi quotidiennes sont opérées, le tout saupoudré par des disparitions mystérieuses sous le régime de Sékou Touré. Nous avons encore en mémoire le célèbre et cynique camp Boiro, qui pour certains Guinéens serait la porte d’entrée de l’enfer. La pratique, certes de moindre ampleur de nos jours, s’est érigée, à pas feutrés, en un système de gouvernance sous les autres régimes. Vu ce qui se passe, on a le droit de se demander quel sera l’avenir du château d’eau d’Afrique ?

Un coup dur pour la tenue des élections

Les choses vont de mal en pire alors que nous sommes à l’orée des élections. Ainsi pour permettre à ces élections de se tenir, il faut une certaine sérénité et de sécurité. Cela dit, si ce « désordre » se poursuit, Alpha Condé risque de se bander encore les muscles. La suite, vous la connaissez.

Une accalmie de courte durée

Après avoir battu le macadam pendant deux jours sans trêve, les ténors de l’opposition ont appelé au calme ce mardi. Selon l’opposition, on ne saurait maintenir dans les rues indéfiniment des gens dont la plupart évolue dans l’informel. Ainsi cette accalmie de six jours environs (du mardi au lundi) permettrait aux uns et aux autres de vaquer à leurs occupations pour des questions de subsistance.
Les maux tels que le chômage des jeunes, le régionalisme et l’ethnicisme ont boosté en grande partie la colère de la population contre le pouvoir d’Alpha Condé. Le ciel Guinéen semble embrumer les semaines qui s’annonce.

Alpha Condé : une expérience politique qui n’aurait servi à rien ?

Professeur émérite des universités, Alpha Condé est l’une des figures de proue de la classe des intellectuels africains. Ce titre honorifique d’académicien est auréolé par une longue expérience politique de quarante ans dans l’opposition. C’est donc après ce périple parcours politique qu’il a pu briguer la magistrature suprême de son pays. Son arrivée au pouvoir en 2010 avait suscité beaucoup d’espoir chez les Guinéens. Mais aujourd’hui, on peut le dire sans risque de se tromper que l’espoir a cédé la place au désespoir. Selon certains Guinéens rien n’est fait : le problème d’eau potable se pose avec acuité, l’électrification n’est qu’un leurre, l’insécurité est de plus en plus grandissante, les infrastructures sanitaires et éducatives ne sont guère meilleures. Pour la majorité des jeunes Guinéen dans la rue, Alpha Condé est synonyme d’un rêve brisé.

Néanmoins, l’espoir est permis dans la mesure où tout problème, dure soit-il, a nécessairement une solution. Nous osons croire qu’une mouche du Fouta-Djalon viendra administrer une dose de quelques tsé-tsé de piqûres aux protagonistes de la crise pour le retour définitif de la paix dans le pays de Camara Laye.

Masbé NDENGAR

« Aujourd’hui les dirigeants occidentaux invitent l’Afrique à faire comme eux. Mais si le monde entier faisait comme les Américains, l’écosystème planétaire craquerait par surconsommation d’énergie. Proposer un tel modèle, c’est de la supercherie, c’est un discours mensonger. »

Joseph Ki-Zerbo in « A quand l’Afrique » ?

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