Expulsés, les étudiants tchadiens de 2IE du Burkina campent désormais à leur ambassade !

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : lundi 14 mars 2016
CATEGORIE : Articles
THEME : Education
AUTEUR : Redaction

Les étudiants tchadiens de 2IE (Institut international de l’ingénierie, de l’eau et de l’environnement) de Ouagadougou au Burkina Faso avaient organisé une conférence de presse le 9 mars 2016 pour attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur leur situation. Ils avaient promis que si rien n’est fait ils vont camper à l’ambassade pour se faire entendre. C’est chose faite désormais. Ils ont investi les locaux de l’ambassade du Tchad au Burkina depuis 5h du matin ce 14 mars 2016 et ce jusqu’à nouvel ordre : «  nous avons un long séjour ici », a confié Florent Muscador. Selon les étudiants, non seulement le Tchad n’a pas honoré son engagement vis-à-vis de l’établissement depuis 2013 mais ils ont été expulsés du campus par une note que l’école leur a envoyée. Où aller ? Grande interrogation. «  Nous ne savons où aller à part l’ambassade qui représente une portion de notre territoire », propos de Charles Dagou, représentant des étudiants. Ils disent être déterminés et de gré ou de force il faut que l’État tchadien leur trouve une solution cette fois-ci.

«  Nous avons déjà maitrisé l’intérieur de l’ambassade ! On est là depuis 5h du matin », détrompez-vous, ce n’est pas un message de libération d’un groupe d’otage par l’armée, mais c’est plutôt en ces termes qu’un étudiant de 2IE avec qui nous sommes rentrés en contact pour voir la situation qui prévaut à l’ambassade du Tchad au Burkina Faso, nous a accueilli. Nous nous sommes rendus sur les lieux, dans les locaux de l’ambassade. L’enceinte est bien maitrisée par les étudiants qui occupent la terrasse jusqu’au balcon. Visiblement fatigués, certains sont allongés à même le sol.

Nattes, tapis, valises, sacs bref ils ont emportés avec eux tout ce qui leur permettrait de rester le plus longtemps possible à l’ambassade. Certains ont eu accès à l’enceinte de l’ambassade et d’autres non. Ces derniers ont étalé leurs nattes et tapis au pied du mur. Selon eux, l’ambassade leur aurait demandé de libérer les lieux mais cela est loin d’être de leur gout : « on nous demande de libérer les lieux mais il n’est pas question ; nous leur avons bien dit que nous venons pour occuper les lieux », a martelé Charles Dagou, représentant des étudiants de 2IE. « Nous quitterons l’ambassade si et seulement si on nous trouve une solution », poursuit-il.

L’État tchadien doit 1 milliard 900 milles fcfa aux 2IE

De l’avis des étudiants, cela fait trois ans que l’État tchadien n’a pas respecté ses engagements vis-à-vis de leur établissement, 2IE. Les frais de scolaires n’ont pas été versés et s’élèvent à 1 milliard 900 milles fcfa. Leur bourse de subsistance non plus : « Nous sommes envoyés au Burkina Faso en tant qu’étudiants boursiers de l’État aux 2IE. Cependant, l’État n’a pas honoré les frais de scolarité et de nos bourses de subsistance », relate le représentant des étudiants. Les étudiants disent utiliser tous les moyens leur permettant de résoudre ce problème mais leur pays reste sourd à leur cri. Selon Charles Dagou, ils ont à plusieurs reprises entrepris des démarches pour demander la régularisation de leur situation mais c’est toujours le statut quo : «  nous avons à plusieurs reprises plaidé auprès de l’ambassade et des autorités au pays mais toujours rien ».

Les étudiants disent avoir remis une lettre de doléances au ministre des affaires étrangères qui était présent à l’investiture du président du Faso. Ce dernier leur avait promis une issue favorable mais hélas. Ils poursuivent toujours en disant que l’ambassadeur leur a rassuré que le président Deby, qui était présent à Ouagadougou après les attaques terroristes, était au courant de leur situation mais depuis lors rien n’a été fait. Leur présence au sein de l’ambassade, selon eux est l’expression de leur ras le bol.

Nous n’avons plus autre choix que de venir vivre à l’ambassade parce que depuis le 5 mars 2016, l’établissement a sorti une note pour expulser tous les étudiants tchadiens du campus. Ils se demandent de quoi sera fait le lendemain : «  nous sommes sans abris actuellement ; nous ne savons où mettre la tête ? Nos compatriotes qui ont trouvé des maisons dans les quartiers sont surendettés. Les bailleurs de maison ont confisqué le matériel de certains parce qu’ils sont insolvables ».

A en croire les étudiants, s’ils ont tenu le coup quelque fois, c’est grâce aux bonnes volontés : « à un moment donné c’étaient nos camarades burkinabè qui nous venaient en aide mais aujourd’hui nous sommes devenus un fardeau pour eux », a reconnu Charles Dagou en réitérant ses remerciements à l’endroit de ces derniers.

Deby est-il le président du Tchad ?

Les étudiants sont visiblement très remontés contre les autorités tchadiennes. Ils estiment avoir été abandonnés abandonnées par leur pays. De leur dire, s’ils n’ont plus accès à l’éducation, au logement, à la nourriture et à la santé (ils n’ont plus d’assurance santé) cela relève de la pure mauvaise volonté de l’État tchadien : « pour nous c’est un manque criard de la volonté de résoudre notre problème parce qu’on ne peut pas dire que le Tchad, pays producteur de pétrole manque de ressources », foi de Charles Dagou. « Deby intervient partout militairement tout en nous oubliant. Je me demande si le président Idriss Deby est le président du Tchad ou des États africains ? » Se demande un étudiant très mécontent de leur situation. Il poursuit avec un ton plus sévère : «  nous sommes décidés à aller jusqu’au péril de notre vie. Qu’ils le veuillent ou pas ils nous trouveront cette fois ci une solution ».

Où est Zen Banda ?

Charles Dagou, répondra à Mahamat Zen Bada, le nouveau secrétaire général du Mouvement patriotique du Salut (MPS), parti au pouvoir, auteur de ces propos sur RFI : « les étudiants tchadiens sont les mieux traités du monde et leurs bourses sont régulières ». Aujourd’hui, à en croire à Charles Dagou, les preuves sont palpables : « si nous sommes au soleil ce n’est pas par plaisir ». « Mahamat Zen Bada sait ce qu’il a dit et pourquoi il l’a dit », a-t-il renchéri. Sur les pancartes, les étudiants s’adressent directement à Mahamat Zen Bada par une interrogation : où est Zen Bada ?

Réponse insolente !

Pour en savoir davantage, nous sommes rentrés en contact avec le 1er secrétaire de l’ambassade, Idriss Ahmat qui nous a dit dans un premier temps de nous contenter de ce que les étudiants nous ont dits. Un autre confrère, arrivé sur les lieux plus tard, l’a contacté à son tour, mais Idriss Ahmat était plutôt menaçant. Il invite le journaliste à se référer à celui qui lui a donné son numéro de téléphone parce que son numéro est privé pour répondre à ses questions.
«  Nous demandons à l’État Tchadien d’honorer ses engagements, trop c’est trop ! » scandent à l’unisson les étudiants déterminés à poursuivre la lutte.

Masbé NDENGAR

« Il faut aller vers la recherche de la paix et de la stabilité et je pense que nous allons y aller. (…) Le putsch, c’est du temps perdu, je le reconnais, des moyens perdus, je le reconnais, c’est des vies humaines de perdues, je le reconnais. »

Général Gilbert Dienderé en septembre 2015 après l’échec de son coup d’Etat

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