La RDC serait-elle devenue le cachot des défenseurs des droits humains ?

PAYS : Autres Pays
DATE DE PUBLICATION : mercredi 24 février 2016
CATEGORIE : Articles

Le Congo RDC cessera-t-il un jour de faire parler de lui négativement ? Difficile d’y répondre. L’évidence est que son image prend un sérieux coup lorsqu’on parle de démocratie. Véritable mouroir pour les défenseurs des droits humains, le pays de Kabila devient de plus en plus inquiétant. Les militants des droits de l’homme sont traqués, expulsés ou exilés. Certains croupissent dans les geôles de Kabila depuis plusieurs années. D’autres sont morts. Parmi les prisonniers les plus célèbres figurent les militants du mouvement Filimbi et de la Lucha. Cela fera bientôt 12 mois que Fred Bauma et Yves Makwambala desdits mouvements sont réduits au silence dans les prisons du satrape Kabila. De passage à Ouagadougou, Yangu Kiakwama, porte-parole de Filimbi, exilé en Belgique, nous parle des conditions que ses camarades détenus endurent.

La récurrence des violations des droits humains, restrictions des libertés d’association et d’expression, arrestations et détentions arbitraires, menaces et harcèlement, atteintes à l’intégrité physique… voilà ce à quoi toute voix discordante au pouvoir de Kabila doit s’attendre. Des voix discordantes, il y en a eu, et elles ont été effectivement étouffées soit par l’emprisonnement ou au pire des cas par la mort. Ainsi, Yangu Kiakwama permanemment persécuté, se retrouve en Belgique : « Depuis le mois d’avril 2015, nous avons fui la répression au Congo pour se réfugier en Belgique ». De son avis, il s’agit d’un repli tactique. Ces compagnons de lutte ont eu moins de chance que lui : « certains de nos camarades ont été arrêtés et emprisonnés », a confié le porte-parole de Filimbi.

Filimbi est un Mouvement qui travaille depuis deux ans à sensibiliser la jeunesse sur les questions d’engagement citoyen mais a décidé de passer à l’étape supérieure qui était le lancement public de sa coalition. Pour se faire, il a invité les autres camarades du Balai Citoyen et de Y’en a Marre pour des échanges. C’était un séminaire de deux jours qui portait sur la question de la jeunesse, de l’engagement et de la démocratie.

Qui a osé parler de mobilisation et de démocratie au pays de Kabila ?

C’était là le nœud du problème en réalité. Pour les membres de Filimbi : « l’Agence Nationale de Renseignement(ANR) qui est devenue en fait la police politique du régime est arrivée sur les lieux avec la police militaire et a arrêté sous nos yeux une quarantaine de personnes », foi de Yangu Kiakwama.

Malgré l’emprisonnement et l’exil de ses membres, Filimbi ne faiblit pas et continue la mobilisation : « Depuis ce temps-là nous sommes réduits à la clandestinité mais nous continuons la lutte avec d’autres moyens sur d’autres territoires ». Et même nos camarades qui sont dans les geôles de Kabila ne baissent pas les bras et nous encouragent à poursuivre la lutte : « Depuis la prison centrale de Kinshasa où Yves et Fred sont détenus, ils nous renouvellent leur détermination à poursuivre le combat ».

Pour obtenir la libération de Yves et Fred, les autres membres de Filimbi ont tout essayé mais sans succès. S’il y avait une possibilité de casser la prison afin de libérer leurs camarades, selon Yangu Kiakwama, cette option ne serait pas occultée. Impuissants, Yangu Kiakwama et les autres militants de Filimbi, eux aussi exilés plaident et interpellent l’opinion nationale et internationale à prendre à bras le corps le drame qui se joue en RDC : « Nous rappelons quotidiennement le scandale de leur emprisonnement en travaillant les esprits de l’opinion publique pour qu’elle se rende compte de ce qui se passe. Ensuite, nous faisons des plaidoyers institutionnels afin que les corps diplomatiques puissent prendre à bras le corps le problème en dénonçant ce qui se passe et prendre des sanctions contre les dirigeants congolais ».

Masbé NDENGAR

« Dans le malheur nous avons lutté ensemble, dans la liberté nous triomphons ensemble. A présent, libre de mes mouvements, je reprends du service. Et par là même, je m’affirme en la légitimité nationale. La transition est ainsi de retour et reprend à la minute même l’exercice du pouvoir d’Etat. L’a-t-elle d’ailleurs jamais perdu ? Non, vu la clameur nationale contre les usurpateurs, vu la réprobation internationale contre l’imposture, c’est l’aveu même que le gouvernement de transition que vous avez librement choisi, et en qui vous avez totalement mis votre confiance, est resté le seul à incarner la volonté du peuple souverain. »

Michel Kafando, Président de la Transition, le 23 septembre 2015.

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