Ces femmes au « métier d’homme » : Jeannette Haba, chauffeur professionnel

PAYS : Guinée
DATE DE PUBLICATION : mardi 8 mars 2016
CATEGORIE : Blog
THEME : Société

D’une fille, comme Jeannette, qui s’adonne à des activités habituellement réalisées par les hommes, on dit souvent qu’il s’agit d’un garçon manqué. Mais Jeannette Haba n’est pas un garçon manqué : elle fait nettement mieux que les garçons normaux ! Chauffeur professionnel en service au Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), à N’Zérékoré, cette mère de famille de 40 ans cumule une expérience professionnelle à faire pâlir de jalousie le plus courageux des mecs.

Dans un mois, Jeannette Haba fêtera son premier anniversaire à UNOPS dont elle a rejoint les équipes en avril 2015 après une courte période d’inactivité due à la crise Ebola qui a durement frappé la Guinée forestière obligeant la société minière où elle travaillait à s’arrêter. Une consécration pour cette battante « partie de rien » pour tutoyer aujourd’hui les sommets dans sa profession.


Femme de défis

Comme la plupart des chemins conduisant au succès, celui qu’a suivi Jeannette Haba a été sinueux et semé d’embûches. Mais qu’importe pour cette amoureuse de défis et du riz sauce feuilles de patate ?

Son premier défi sur le plan professionnel, elle l’a relevé, haut la main, en 2002. A l’époque, le Bureau du Fonds international de développement agricole (FIDA) basé à N’Zérékoré lance un appel à candidature pour le recrutement de cinq (5) chauffeurs. Un ami, animé a priori d’une bonne intention, suggère à Jeannette de mettre en avant son statut de femme pour bénéficier d’un traitement de faveur de la part des recruteurs. Elle rejette poliment mais fermement la proposition.

« Je voulais concourir au même titre que les hommes, sans bénéficier d’aucun traitement de faveur lié à mon statut de femme », se rappelle-t-elle.

La suite lui donne largement raison. Le coup d’essai se transforme en coup de maitre. A l’issue des épreuves théorique et pratique, Jeannette, l’unique femme candidate, se classe quatrième sur les 320 dossiers déposés. Elle travaillera pendant cinq ans au FIDA.
Pour le poste suivant, dans une Mutuelle de santé, elle fera mieux en surclassant tous les candidats hommes : 1ère sur 25 candidatures.
Après plus de six ans d’expérience dans le privé, Jeannette change de secteur et de lieu de travail. Elle est recrutée par le Gouvernement et rejoint, en 2009, le ministère de l’Energie et de l’Hydraulique à Conakry. Au plus fort de la campagne électorale de 2010 dans l’équipe du candidat Papa Koly Kourouma (ancien ministre de l’Energie), Jeannette accomplissait jusqu’à deux allers-retours Conakry – N’Zérékoré dans la semaine.
Elle travaillera près de deux ans et demi au compte du ministère avant de regagner sa ville natale de N’Zérékoré à la suite du décès brutal de son mari. Un épisode difficile à surmonter. Mais son moral est à l’image du physique imposant de cette femme Guerzé qui fait crisser la balance. Solide.

Self-made-woman

Jeannette est une self-made-woman pure sang. Elle doit sa réussite en grande partie à une philosophie de vie toute simple : « tout ce qu’un homme est capable de faire, une femme peut le faire également si elle le désire ».

Son désir à elle d’embrasser le métier de chauffeur remonte de très longtemps. Devenue orpheline de père à l’âge de 17 ans, cette fille d’un couple de paysans du village de Gbowo (N’Zérékoré) s’est responsabilisée très tôt, bien que troisième d’une famille de 4 frères et sœurs. Ayant abandonné l’école en classe de 4ème année de l’élémentaire, Jeannette a rapidement pris conscience que sa vie ne sera pas un conte de fée.

Sa mère veut qu’elle soit coiffeuse ou couturière de talent. Jeannette rêve de conduire une voiture. Son sens d’observation inné lui a déjà fait comprendre que pour émerger et réussir dans son milieu, il faut faire un métier diffèrent, un « métier d’homme ». Par deux fois elle oblige sa maman d’aller reprendre la caution versée pour son inscription dans un salon de coiffure. Jeannette remporte le bras de fer.

Désireuse de faire le métier de chauffeur par la pratique du terrain, elle n’hésite pas un seul instant à rejoindre le conducteur d’un vieux camion pour faire l’apprenti-chauffeur ! Nous sommes en 1997. Oui, comme les jeunes hommes Jeannette s’accrochait sur les arceaux du camion qui sillonne les petits villages de N’Zérékoré pour alimenter les marchés hebdomadaires en produits locaux et manufacturés.

Au bout de trois ans d’apprentissage, la jeune femme était non seulement capable de jauger le niveau d’huile d’un camion, monter la crique pour changer une roue crevée, poser la cale sur les pentes glissantes mais aussi et surtout conduire un poids lourd ! Forte de cette expérience pratique acquise à la sueur de son front, Jeannette peut passer à l’étape suivante.

En l’an 2.000 elle s’inscrit à l’auto-école et obtient son permis de conduire au bout de trois mois. Elle commence immédiatement à travailler pour son propre compte. Son mari, également chauffeur, lui achète une Toyota Pick-up grâce à laquelle elle fait le transport en commun pendant deux ans sur le même parcours que durant ses années d’apprentissage en camion. C’est le piédestal pour grimper au FIDA…

Près de deux décennies plus tard, Jeannette habite sa propre maison au quartier Boma de N’Zérékoré où cette veuve élève tranquillement son petit garçon et ses deux jeunes filles. Ces derniers sont également futurs héritiers de plusieurs parcelles de terrain grâce à leur mère, brave femme jouissant auprès de sa petite famille du fruit mûr de ses efforts dix fois bien mérités.
Bien qu’ayant abandonné l’école à l’élémentaire, Jeannette Haba parle un français d’un niveau correct acquis aux côtés des centaines de cadres qu’elle a côtoyés et transportés. Elle s’enorgueillit également d’un bon niveau d’anglais parlé grâce à un court séjour à Monrovia, au Libéria.

Mais de tous les succès de Jeannette, il existe un dont elle est particulièrement fière : en 20 ans de carrière au volant, Jeannette n’a jamais fait d’accident de circulation !

A toutes les jeunes filles guinéennes, Jeannette Haba a un message qui tient en neuf mots : « le premier mari d’une femme est son métier ». Venant d’elle, on ne peut que respecter.

Bonne fête du 8 mars à Jeannette Haba et à toutes les femmes du monde.

Article initialement publié sur le blog de Alimou Sow

« Dans le malheur nous avons lutté ensemble, dans la liberté nous triomphons ensemble. A présent, libre de mes mouvements, je reprends du service. Et par là même, je m’affirme en la légitimité nationale. La transition est ainsi de retour et reprend à la minute même l’exercice du pouvoir d’Etat. L’a-t-elle d’ailleurs jamais perdu ? Non, vu la clameur nationale contre les usurpateurs, vu la réprobation internationale contre l’imposture, c’est l’aveu même que le gouvernement de transition que vous avez librement choisi, et en qui vous avez totalement mis votre confiance, est resté le seul à incarner la volonté du peuple souverain. »

Michel Kafando, Président de la Transition, le 23 septembre 2015.

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