Burundi : Le pasteur Pierre Nkurunziza abandonné par ses frères en Christ

PAYS : Autres Pays
DATE DE PUBLICATION : mercredi 29 avril 2015
CATEGORIE : Articles
THEME : Politique
AUTEUR : Redaction

Le samedi 25 avril 2015 Nkurunziza, sans surprise a été désigné par son parti comme candidat à l’élection présidentielle à venir. Pierre Nkurunziza, 51 ans est au pouvoir depuis 2005 et a été réélu en 2010. En principe, il n’a plus le droit de se représenter. Investi comme candidat de son parti, Pierre est candidat donc à sa propre succession. Cela suscite la colère du peuple Burundais qui ne veut, pour rien au monde, voir un président s’éterniser au pouvoir. Dès l’ors, les rues de la capitale Bujumbura s’enflamment.

Des routes barricadées, les pneus enflammés dans les rues, les gaz lacrymogènes s’explosent, telle est l’atmosphère qui règne depuis quelques jours au Burundi. Dans tous les quartiers, on voie des scènes de guérilla urbaine se dresser. On se croirait les 30 et 31 octobre 2014 à Ouagadougou. Le regard du monde, qui, hier était sur le Burkina s’est tourné désormais sur ce pays. Les images rapportées par les clichés sont loin de susciter la joie. La cause de l’effervescence : Pierre Nkurunziza est candidat à sa propre succession. Cela n’est pas du goût de la population. Assoiffé de l’alternance et de la démocratie, le peuple Burundais reste téméraire sur sa position qui est de voir le pasteur Nkurunziza partir du pouvoir : « Nous ne renoncerons pas, nous ne céderons pas ! », a confié un protestataire à l’AFP.

L’Eglise aux côtés du peuple

L’Eglise catholique est le premier à tirer sur la sonnette d’alarme. La candidature du pasteur - président est de nature à conduire le pays dans le chaos, avaient laissé entendre en substance, il y a quelques mois de cela, les plus hautes autorités de l’église. Ainsi donc, dès les premières heures Nkurunziza s’est vu abandonner par les hommes en soutane. L’opposition et la société civile ne se sont pas fait prier pour abonder dans le même sens que l’Eglise. L’étau semble se resserrer sur le pouvoir qui n’a pas d’autres choix que de bander les muscles. Armés de matraques, gaz lacrymogènes et d’armes à balles réelles, les forces de l’ordre ouvrent le feu sur les manifestants qui, tels des essaims d’abeilles envahissent les moindres recoins de la capitale.

Comme les autres, Pierre payera le prix de l’entêtement ?

Visiblement le pouvoir Burundais fait la sourde oreille. Comment le locataire du palais de Bujumbura peut ne pas ouvrir l’œil pour voir que le vent du printemps arabe et de l’insurrection populaire qui ont emporté Ben Ali, Moubarak et Blaise Compaoré souffle désormais au bord du lac Tanganyika ? Le président Burundais devrait, pour peu qu’il soit lucide s’inspirer de l’histoire du passé de son pays, laquelle histoire riche en tragédie des évènements (guerre civile de 1993-2006) dont lui-même en était l’acteur principal. Le moins que l’on puisse dire c’est que, comme Tandja ou Blaise Compaoré, Nkurunziza va droit au mur. Maintenant, il reste à savoir, combien de corps de Burundais va-t-il piétiner avant de s’en aller ?

La presse dans l’œil du cyclone

En ce qui concerne la situation de la liberté d’expression et des droits humains rien n’est surprenante d’autant plus que dans notre publication du 17 février 2015, titré « les élections, une épine au pied de la liberté de la presse en Afrique », nous l’avions écrit : « […] Tout laisse croire à des crispations de la situation les jours à venir. En effet, les vagues d’élections courant 2015 sont des moments impropres aux activités journalistiques. » Le temps nous donne raison aujourd’hui. En effet, le dimanche 26 avril 2015, la police a investi les médias ainsi que la Maison de la presse et procède à des arrestations de journalistes. Plus tard, c’est le tour des ministres (trois au total) de se rendre au siège de la Radio publique africaine (RPA) pour la fermer, mais face aux grognes de la rue, ils avaient reculé. Nonobstant, la négociation entamée par les hommes de presse pour la diffusion de l’information, beaucoup de médias se sont vu frapper d’interdiction de diffusion. Le malheur ne vient jamais seul. Ainsi, le militant des droits humains et membre de la coalition : « halte au troisième mandat », Pierre Claver Mbonimpa a été arrêté et détenu au service de renseignement. Puisse les dieux du Kilimandjaro venir au secours du peuple Burundais en détresse !

Masbé NDENGAR

« La bière n’est pas une priorité. Qu’est-ce qu’on choisit, le mil pour manger ou le mil pour boire ? Je crois qu’il faut d’abord nourrir les gens. Ensuite on verra le sort de ceux qui veulent boire. Tous les burkinabè ne boivent pas de la bière, mais tous les burkinabè mangent chaque jour. Il y aura de la bière premièrement à condition que les gens aient fini de manger à leur faim, deuxièmement à condition que ce soit à partir de mil du Burkina. Est-ce qu’un régime politique sérieux peut avoir comme préoccupation principale le sort des buveurs de bière ? ».

Thomas SANKARA, le 4 octobre 1987

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