Autopsie du système éducatif togolais : le règne de l’impunité dans une dictature héréditaire

PAYS : Togo
DATE DE PUBLICATION : mercredi 3 septembre 2014
CATEGORIE : Blog
THEME : Opinions

L’éducation est le moyen par lequel une société se pérennise, progresse et produit. La transmission des valeurs intrinsèques pour le mieux-être. Le génie créateur ne s’active que par l’éducation. Même nos parents “sauvages“, analphabètes, indigènes, des terres oubliées dans nos forêts le savent, le pratiquaient par des cercles d’initiation, l’enseignement des pères et mères à leurs enfants des pratiques et manières, bref l’Art de vivre. Mais au Togo c’est tout le contraire.

L’agonie de l’école togolaise

Le système éducatif du pays de Anselme Gouyano Sinandaré seulement 11 ans et Douti Sinalengue 21 ans, agonise. Ce sont deux enfants de l’Or de l’humanité à qui le gouvernement ‘‘Fauriste’’, mieux ‘‘Faure-risque’’ à enlever en Avril 2013 toute humanité. Leur « crime » est d’avoir demandé que leurs enseignants ne reviennent en classe qu’avec de vraies conditions de travail. Les élèves réclamaient la reprise des cours, suite au mot d’ordre de grève du corps enseignant. Les forces de violence du Togo à la gâchette facile et adroite ont tiré à bout portant sur le très jeune Anselme Sinandaré, 11 ans, et battu à mort Douti Sinalengue, jeune élève de 21 ans en classe de première. Les parents ont exigé à connaitre les noms des auteurs de ce crime avant que leur enfant ne soit inhumé. Presque un an après ce bras de fer que la famille a courageusement engagé avec le pouvoir togolais, Douti Sinalengue est finalement inhumé le 08 mars 2014 ; malheureusement sans que les auteurs ne soient connus. C’est la preuve tangible du règne de l’impunité dans une dictature héréditaire. Connaîtrons-nous un jour leurs assassins ?

Le peuple togolais a perdu la foi en ce système éducatif qui a pris place à la morgue et attend son prochain mis en cage pour un enterrement à la Mandela. Il n’y a que ceux qui sont aux affaires et au service de la doctrine “Eyadémaïsme”, qui par une masturbation intellectuelle se trompent d’un certain fonctionnement de l’éducation togolaise.

Du primaire au lycée, nous recevons les mêmes cours depuis les années 1970. Après une trentaine d’années, quel est le bilan ? Précisons que le système actuel togolais est celui que la France a enterré dans les années 1975. Comme le dit un Fovi « on ne nous forme que pour être des aide- exploitants comme au temps colonial ». Les études universitaires donnent des formations non compétitives sur le marché national et international.

Une université scandaleuse et en perte de vitesse

Depuis 2008 le LMD à « la togolaise » est adopté. Le bilan est amer, moins de 2% des étudiants inscrits à l’université entre 2007 et 2011 ont eu leur licence. Ceux qui ont pu éliminer toutes les unités d’enseignements n’ont pas leurs attestations de licence jusqu’à avoir leurs diplômes. Beaucoup demandent leurs relevés de licence et attestations depuis Janvier 2012, ils n’ont eu droit qu’à des insultes de la part des secrétaires comme réponses. Au Togo, avoir ses diplômes est une histoire « d’affaire », une question de “tu connais qui” ? Bref la corruption a pris place au cœur des universités de Lomé. Même les notes sont à l’image du nom qu’on porte, la relation qu’on a avec les professeurs. C’est la politique du : « c’est parce que vous avez vos diplômes que vous demandez des emplois et criez que ces emplois sont inexistants, mais si vous n’avez plus de diplômes nous serons à notre place en paix sans jamais aller en retraite... ». Il faut noter que le Togo a deux universités. L’université de Lomé et l’université de Kara. L’université de Lomé a été construite en 1970 pour 5000 étudiants. Aujourd’hui, il n’y a qu’un amphi de 1500 places qu’on a construit de plus. Dans les normes, elle devrait accueillir tout au plus 10000 étudiants en 2014 alors que l’effectif actuel est estimé à plus de 43 707 étudiants. (12.903 pour celle des étudiants de l’université de Kara pour 3000 étudiants prévus initialement).


Des grèves et arrestations à n’en point finir dans les écoles !

Depuis 2010, l’éducation togolaise connait des grèves dignes de répétition d’un feuilleton machiavélique où la politique “baise” avec plaisir les étudiants, les enseignants.

Les étudiants demandent de bonnes conditions : des bourses d’études, des professeurs, des amphis, des cités d’hébergements…. Ils ont été bien arnaqués par le morcellement des frais d’inscription (6000 F CFA pour les frais d’inscription, les EU sont à 250 F CFA alors qu’il faut payer 30 par semestre, le compte fait 21000 F CFA pour les nouveaux et pour les anciens qui ont pu éliminer tous leurs EU de l’année précédente). En retour ils ont des bastonnades, des arrestations et des exclusions. Les campus de Lomé et de Kara sont devenus des camps de plus que police et armée ont pris pour casernes. Des étudiants de Kara sont actuellement en prison depuis un an sans aucune nouvelle. A Lomé, comme l’idéologie « Eyadémaïsme » le conseille, UNIR-RPT a acheté les dirigeants des mouvements estudiantins qui sont devenus des responsables des jeunes du parti. Ce qui a réellement discrédité les étudiants devant l’opinion togolaise.

De Lomé à Cinkassé, les enseignants et élèves du primaire et secondaire font leurs programmes dans la rue en mode grève. Comme ils ont bien appris leurs cours de violences, les policiers, sans ménagement violentent ces manifestants. Si le corps éducatif reste à la maison, le ministre de l’éducation se permet de les traiter de fainéants, comme s’il ne parlait pas de ceux sans qui il ne serait jamais ministre. Normal, chaque année le taux de réussite est en baisse. Cette année, il y a eu 6,25% de baisse au Bac II. La jeunesse en a marre d’entendre chaque jour qu’elle n’a pas le niveau, mais qui éduque et forme cette nouvelle génération ?

Pour une réelle réforme du système éducatif togolais

Pour faire de la jeunesse la relève de demain, il faut une reforme de tout le système éducatif. Les enseignants, les professeurs doivent être formés et bien payés (comme tous les fonctionnaires) pour qu’on n’ait plus un enseignant pour 200 élèves. Des établissements scolaires doivent être construits pour ne plus avoir 5 fois l’effectif requis d’élèves dans les classes. Mettre les étudiants et élèves dans de bonnes conditions d’étude. Avoir des bourses, des cités, des assurances santé… Le programme éducatif doit répondre aux exigences du 21ème siècle, de nouvelles filières (les métiers de port, de construction automobile, de tourisme, des conservatoires d’art, etc.). Justement le développement et la rénovation du secteur éducatif doit rentrer dans la VISION TOGO 2030 (la population pense que ce n’est qu’une diversion pour que Faure Gnassigbé ne fasse du pic-Pocket pour l’élection présidentielle de 2015).

Le peuple togolais espère malgré tout.

Par Momo Kankua du Togo

« Il faut arrêter de faire du répressif, du sécuritaire ou même de la gesticulation et de la diabolisation du phénomène migratoire. Ce n’est ni un phénomène pervers, ni un phénomène criminel. Considérons- le et traitons- le comme un phénomène naturel qu’il faut accompagner, modaliser et positiver ».

Louis Michel

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