Affaire Norbert Zongo : « 18 ans d’attentes déçues »

PAYS : Burkina Faso
DATE DE PUBLICATION : mercredi 14 décembre 2016
CATEGORIE : Articles
THEME : Justice

Ceci est un mémorandum des organisations de presses et de défenses des droits humains engagées dans la lutte pour que vérité et justice soient rendues à Norbert Zongo et à ses 3 compagnons d’infortune. Elles ont organisé un sit-in silencieux ce 13 décembre 2016 devant le palais de justice pour exprimer leur indignation vis-à-vis de la justice burkinabè.

13 décembre 1998 - 13 décembre 2016. Cela fait 18 ans déjà que le journaliste d’investigation Norbert ZONGO et trois de ses compagnons d’infortune, Ernest Zongo, Blaise Ilboudo, Abdoulaye Nikiema tombaient sous les balles assassines de leurs bourreaux à quelques encablures de Sapouy. Le journaliste émérite et ses compagnons de route avaient été lâchement assassinés par des criminels encore en liberté.

18 ans après cet odieux assassinat, le crime reste impuni. Cette injustice intrigue et indigne la famille de feu Norbert Zongo, celles de ses compagnons, la grande famille des journalistes, des défenseurs de la liberté de presse et de la Démocratie ainsi que tous les défenseurs du Droit à la Vie.

Cela fait donc 18 ans d’attentes déçues par la justice. Ce dossier et bien d’autres dossiers de crimes continuent de pourrir le climat social et politique.

Le peuple burkinabè dans sa grande majorité réclame justice pour Norbert ZONGO et ses compagnons depuis 18 ans.

A l’avènement de la Transition en 2014 avec la réouverture du dossier judiciaire et après l’élection d’un nouveau pouvoir en 2015, tous les combattants de la justice et de la Démocratie ont nourri l’espoir légitime de voir s’exercer une célérité et une impartialité dans le traitement du dossier Norbert et ses compagnons ainsi que les nombreux dossiers de crimes économiques et de sang. Mais hélas, nous attendons toujours !

Malgré le verdict rendu par la Cour africaine des droits de l’Homme condamnant le Gouvernement du Burkina Faso pour obstruction à la manifestation de la justice dans l’affaire Norbert Zongo, force est de constater que si pendant la Transition, le dossier a été rouvert, la lumière n’a toujours jailli. Combien de temps faut-il attendre pour que la justice soit faite pour ces cas emblématiques de crimes économiques et de sang du régime déchu ? Pourquoi il n’y a toujours pas le moindre début de procès dans ce dossier ?
Indignés donc par cette lenteur, voire cette léthargie que rencontre le dossier judiciaire, nous avons décidé d’exprimer une fois de plus notre colère à l’occasion du 18e anniversaire de l’odieux crime de Sapouy.

Nous entendons faire comprendre aux autorités judiciaires et politiques que cette longue attente nous fait honte.
18 ans à commémorer le triste anniversaire de l’assassinat de Norbert ZONGO et ses compagnons sans la moindre lumière et sans la moindre justice, nous révolte.

Nous refusons de cautionner cette forfaiture et restons déterminés à poursuivre le combat pour la justice dans ce dossier.
18 ans après, notre justice nous fait honte.
Aujourd’hui, plus rien ne devrait justifier l’inertie des juges.
Plus rien ne devrait faire obstacle à une célérité et une impartialité dans l’affaire Norbert ZONGO et ses compagnons.

Pas de vraie réconciliation sans vérité et justice

La justice sur les différents crimes commis au Burkina Faso devrait être le vrai ciment de la réconciliation tant recherchée.
Conscients de cela, nous, organisations de défenses de la liberté de la presse, journalistes, défenseurs de la liberté d’expression et de la Démocratie, organisations de la société civile défenseures du Droit à la Vie, transmettons ce soir, le présent Mémorandum en guise de protestation contre la lenteur enregistrée dans le traitement du dossier Norbert ZONGO et ses compagnons.

Cette journée du 13 décembre 2016 est marquée par une série d’actions appelée « Silence Média ».

A la suite de ces actions citoyennes, nous, signataires de ce Mémorandum :
-  affirmons que cette injustice fait honte ;
-  disons Non à l’impunité et à ce déni de justice ;
-  refusons toute obstruction, pression ou influence quelconque qui viserait à bloquer l’avancée du dossier.
-  exigeons le traitement diligent et la tenue, dans des délais raisonnables, d’un procès dans l’affaire Norbert ZONGO et ses compagnons ;
-  réaffirmons notre détermination à poursuivre la lutte jusqu’à ce que justice soit faite !

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Pour le Centre National de Presse Norbert Zongo
Jean Claude MÉDA, président du comité de Pilotage

Pour Semfilms Burkina
Luc DAMIBA, Président

Pour l’Union Nationale de l’Audiovisuel Libre du Faso (UNALFA)
Charlemagne ABISSI , Président

Pour l’Union Burkinabè des Editeurs de Services de Télévisions (UBESTV)
Issoufou SARÉ , Président

Pour le Réseau d’Initiatives de Journalistes (RIJ)
Boureima LANKOANDÉ, Coordonnateur

Pour le Balai Citoyen
Serge BAMBARA (Smockey), Porte-Parole

« Il faut aller vers la recherche de la paix et de la stabilité et je pense que nous allons y aller. (…) Le putsch, c’est du temps perdu, je le reconnais, des moyens perdus, je le reconnais, c’est des vies humaines de perdues, je le reconnais. »

Général Gilbert Dienderé en septembre 2015 après l’échec de son coup d’Etat

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